Perspectives économiques 2019

Perspectives économiques 2019

Perspectives économiques d’Harwell Management pour l’année 2019

Nos experts 

Pascal DE LIMA
Chef Économiste

Alioune NDIAYE
Senior Manager KM BFI-SI

Les messages des prévisions macroéconomiques d’Harwell Management


Message I :
Les Etats-Unis s’isolent ce qui affectera sa croissance

Message 2 :
L’Euro fête ses 20 ans et en proie à une crise de populisme

Message 3 :
La guerre commerciale avec les US atteindra un sommet et fragilisera les règles de l’OMC

Message 4 :
Les élections européennes vont renforcer le clan des populistes

Message 5 :
Pour faire renaître une Europe solide, le couple Franco-Allemand devra se reconstituer

Message 6 :
Les bourses mondiales vont faire pâle figure

 

2018, une année marquée par la résurgence des risques et par une Amérique ayant fait exception au ralentissement économique

 

Les tendances macroéconomiques globales de l’année 2018

Les tendances globales de l’année 2018

L’année 2018 on le sait maintenant aura été une année de ralentissement économique dans la plupart des pays d’Europe et d’Asie et les Etats-Unis ont fait cavalier seul. Le taux de croissance mondial s’est effectivement maintenu à 3,8%, mais la croissance des pays avancés n’a été que de 2,4% dont 2% pour les pays de la zone euro. Pour les économies développées, la principale incertitude qui a resurgi est celle de la dette privée des entreprises.

Aux Etats-Unis, la croissance a atteint 3% grâce à une relance budgétaire de grande envergure et une demande finale privée robuste. Le taux de chômage aux Etats-Unis a encore diminué. En effet, la production tirée par la demande va dépasser la production potentielle, ainsi ce taux de chômage pourrait même se retrouver au niveau le plus bas depuis plus d’une 50 aines d’années. De ce fait, les tensions inflationnistes aux Etats-Unis ont été vives d’où une hausse des taux d’intérêt. En valeur absolue, fondamentalement la liquidité reste abondante et les taux faibles. En particulier grâce à une réforme fiscale assez radicale et une relance paradoxalement keynésienne, les États-Unis font aujourd’hui cavalier seul. Une question, les Etats-Unis pourront-ils tenir ce rythme jusqu’à la fin de l’année 2019 ? Rien n’est moins sûr.

Dans la zone euro, deux caractéristiques sont apparues, celui de la résurgence des tensions commerciales avec en toile de fond la position de l’UE vis-à-vis des tensions entre la Chine et les États-Unis même sur la question de l’Iran. Le retour du risque italien a pesé sur la croissance européenne et la grande inconnue du Brexit a renforcé les incertitudes. Au final, on a donc connu un tassement qui s’est notamment exprimé par des difficultés de recrutement en Allemagne et dans une moindre mesure en France. La croissance a donc ralenti de 2,4% en 2017 à 2% en 2018 (1,9% sont prévus pour l’année 2019). Aussi, les prévisions de croissance ont finalement été revues à la baisse pour l’Allemagne et la France et sensiblement pour l’Italie.

Pour la France, la croissance de l’année 2018 a été de 1,6%.

En France, la croissance économique a atteint péniblement 1,6% après 2,3% en 2017. Ceci malgré un regain du pouvoir d’achat. La grève des transports au premier semestre a impacté la consommation des ménages. De même, un printemps précoce a diminué la consommation d’énergie. Le taux de chômage s’est stabilisé à 8,9%. Les créations nettes d’emploi ont été divisées par trois en un an, de 324 000 en 2017, elles sont tombées à 129 000 en 2018.

Source : REXECODE

De façon globale dans les pays émergents, le climat des affaires s’est dégradé depuis le début de l’année 2018. En fait, le PIB agrégé augmente de 5% en 2018 contre 6% l’année précédente. Cette dégradation est due principalement à la dépréciation des monnaies face au dollar ce qui a amputé le pouvoir d’achat. De plus avec la hausse des taux américains, des sorties nettes de capitaux se sont produites.

En Chine, la croissance a marqué un net ralentissement au troisième trimestre 2018. C’est dans un contexte particulier, celui du 40 ème anniversaire du lancement des réformes de Den Xiaoping que la croissance chinoise n’a finalement atteint que 6,5% (contre 14% en 2007). Quant au marché obligataire, le nombre de faillites a totalement explosé. Les représailles américaines et ses barrières tarifaires ont certainement pesé sur ce ralentissement alors que pour son voisin le Japon, la prévision de croissance a été révisée à 1% pour l’année 2018.

En Amérique latine, la croissance s’est accélérée de manière modeste à 2,3% en 2018 mais inférieure cependant au niveau moyen de la période 2005-2014 (3,5%). Plusieurs pays ont malgré tout réussi à ralentir l’inflation ce qui a soutenu la consommation.

Deux mots sur l’Afrique subsaharienne pour dire que la reprise devrait se poursuivre portée principalement par la hausse du prix des produits de base. La croissance pour la région est passée de 2,8% en 2017, à 3,4% en 2018, avec deux pays lead : le Nigeria et l’Afrique du Sud.

Enfin, pour ce qui concerne les pays exportateurs de pétrole de la région du Moyen-Orient, de l’Afrique du Nord de l’Afghanistan et du Pakistan, ces derniers ont profité de la hausse des prix du pétrole et la croissance est passée de 2,2% à 3,5% en 2018.

Les zones d’ombre de l’année 2018

Au global sur le terrain macroéconomique

C’est l’année de la maîtrise de l’inflation en particulier pour l’inflation hors alimentaire et énergie mais la zone d’ombre est liée au raffermissement du dollar par rapport aux pays émergents et le coût de l’argent a par conséquent augmenté dans la plupart de ces pays. Cela va-t-il continuer ? Autres zones d’ombre : la montée des populismes (élection aux US, en Italie et au Brésil, le Brexit), et la crise des migrants.

Les doutes en Europe ont principalement porté sur le Brexit et donc la viabilité du projet européen. Les petits pas du dialogue franco-allemand auront finalement été insuffisants pour solidifier le tout et  toujours pas en Europe de mécanisme de stabilisation et de transfert budgétaire face à des chocs de grande ampleur. En effet, le niveau des dettes reste encore trop élevé et toujours pas de mécanisme d’assurance commune. Des réformes ont été entreprises pour renforcer la solvabilité du secteur bancaire. En zone euro, la hausse des prix de l’énergie a freiné la croissance avec une dynamique salariale qui a soutenu certes la croissance mais avec un risque politique encore non évalué sur la question du Brexit.

L’année 2018 a été marquée par les tensions géopolitiques.    

Si l’élan de l’année 2018 s’est essoufflé, ce sont certainement les droits de douane appliqués par les États-Unis et les mesures prises en représailles par d’autres pays dont la Chine qui ont focalisé l’angoisse. Les tensions géopolitiques se cristallisant sur les relations commerciales entre la Chine et les États-Unis, la Terre voit les couleurs de ses plaques tectoniques changer de camp, se coaliser, s’organiser différemment. Les transgressions de règles internationales comme les accords de Paris, l’UNESCO en octobre, le retrait de l’accord de Vienne sur le nucléaire irakien en mai et l’entrave flagrante aux accords de l’OMC forment un cocktail particulièrement explosif dans l’équilibre géopolitique nouveau.

L’année 2019

 

L’année 2019 est marquée par la continuité d’une situation qui se dégrade globalement. Nous sommes alors dans une trajectoire récessive. Comme d’habitude, on suivra plus particulièrement le prix du pétrole sachant que le pétrole de schiste n’est plus rentable au prix du baril entre 46 et 56 dollars donc l’offre schiste risque de se rétracter. L’année 2019 va connaître un ralentissement de l’activité économique mondial. La croissance mondiale va se situer à environ 3,3%. Mais la croissance moyenne des pays développés à 2,1%. Sur ce, il est important de noter que les États-Unis devraient ralentir autour de la moyenne des pays développés (1,9%). Les estimations pour la France se situent aux alentours de 1,2%. La croissance d’après le Rexecode sera de 3,1% monde, 1,3% pour la France, les États-Unis 1,9% et la zone euro 1,5%.

Sur le terrain géopolitique on reparlera de guerre commerciale. Le mois de Mars a été marqué par la fin de la trêve dans la guerre commerciale Chine Etats-Unis.  On entre dans un conflit dur avec de très forts risques d’escalade et des pressions sur l’Europe pour qu’elle prenne une part active dans l’endiguement commercial avec la Chine. On parlera encore de crise des migrants.

Reprenons zone géographique par zone géographique.

Etats-Unis

Les Etats-Unis ralentissent en 2019 en raison des limites de ses capacités de production et d’une appréciation du dollar. Aux Etats-Unis on assistera à de nouvelles politiques budgétaires de relance de la demande. Pourtant, le pari était plutôt celui de l’économie de l’offre avec de fortes baisses d’impôts. Il faudra aussi suivre l’évolution des taux d’intérêt de la FeD car un durcissement des conditions de crédit pourrait annuler l’effet premier.

Si les Etats-Unis ralentissent, pas de risque de récession en perspective. De plus, les déficits commerciaux explosent avec de forts emprunts privés. Dans ce cadre, le risque d’éviction budgétaire est réel. De plus, les déficits pourraient se traduire par des taux d’intérêt plus élevés. Cependant, il faut aussi reconnaître que des taux plus élevés laissent une meilleure marge de manoeuvre pour l’économie en cas de trop fort ralentissement. Dans ce contexte, le dollar sera raffermi.

Europe

En 2019, baisse sur les marchés financiers et incertitudes sur les banques en Italie seront à suivre. Il faut également s’interroger sur les élections européennes, serait-ce une nouvelle victoire de l’internationale populiste ? Y aura-t-il une déconfiture des démocraties libérales, et un nouvel acte de l’internationale populiste, avec en arrière-plan, la puissance des réseaux sociaux qui désarme les partis politiques établis. Les démocraties libérales les avaient contenues à la marge, les réseaux sociaux les ramènent au centre du jeu populiste avec Trump en figure de prou.

France

En France, plusieurs choses peuvent être dites. L’effet sur l’économie de la hausse du SMIC dépendra de l’arbitrage entre épargne et consommation et désendettement. Le problème c’est que le gouvernement a construit son budget 2019 sur une prévision de croissance de 1,7%. Certes le pouvoir d’achat devrait retrouver des couleurs +2% par rapport à 2018, il devrait donc y avoir des effets de relance à CT mais la menace d’une poursuite du mouvement pèse.

Au final, soulignons un récent rapport du forum économique mondial.
Un récent rapport du WEF entend réfléchir sur les risques mondiaux qui pèsent en 2019. Il s’agit de contrôler la 4ème révolution industrielle et numérique. Mais fait majeur, ce n’est pas l’économie qui est au centre de Davos cette année. D’après ce rapport à LT, il y a d’abord urgence climatique. Cela fait déjà un moment que les experts annoncent une augmentation incessante des catastrophes naturelles. Et des crises majeures liées à la question de l’eau, des niveaux des mers, et des conséquences en termes de coûts sur les infrastructures.

D’ailleurs les émissions de CO2 dans le monde ont recommencé à augmenter en 2018. Ensuite, à plus court terme on assisterait en 2019 à des risques accrus de confrontations politiques entre grandes puissances, donc l’année 2019 sera marquée par l’instabilité politique. L’originalité de l’étude est que le mixte des deux précédents risques « urgences climatique et géopolitique » vont détériorer la croissance mondiale.