Le marché des assurance : vers un renouveau ?

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Jean Edouard Kurz, Directeur de la Practice Assurance, Retail & Digital
Pascal De Lima, Chef Économiste

Le marché des assurances : vers un renouveau ?

Aujourd’hui, de nombreux facteurs structurels poussent les acteurs de l’assurance à repenser leur modèle. D’après Xerfi, le vieillissement de la population et l’augmentation du nombre de patients en affectation longue durée forment tout un ensemble de facteurs propices aux besoins en assurance et donc au développement du secteur.

Après une période de baisse des cotisations perçues entre 2010 et 2012, une forte reprise du marché jusqu’à l’année 2015 s’observe…Par ailleurs, depuis 2015, on remarque une stabilité autour de croissances relativement faibles des cotisations perçues, cela cependant cache des disparités… On assiste également à un renforcement des engagements des assureurs vers les entreprises (1384 milliards en 2016).

Quelles spécificités en 2018 ?

IARDPour l’assurance dommage en particulier pour l’assurance habitation, on assiste depuis 2016 à une véritable progression du marché en particulier à cause de la construction des logements neufs. De plus, l’augmentation des tarifs et des taux de sinistralité stimulent toujours l’assurance automobile dont les taux de sinistralité explosent. Finalement, c’est le bon comportement des cotisations hors assurance-vie qui permet de stabiliser l’activité…Dans le domaine du segment dommage, la hausse des frais de gestion et le maintien bas des niveaux d’intérêt grèvent les rendements du segment…

Personnes :  Avec près de 60% des cotisations en assurance vie en 2016, les contrats en UC continuent de convaincre les français. L’assurance vie doit se moderniser, les fonds en euros investis dans des obligations souveraines produisent aujourd’hui des rendements très bas. Les cotisations totales perçues par les assureurs ont finalement baissé en 2017 pour s’établir à 205 milliards d’euros. Le marché des assurances prévoyance de niche, en particulier les garanties accidents de la vie et dépendance vont continuer à croître. De même, dans le domaine du segment santé, la hausse des frais de gestion liée à l’accélération du turnover des portefeuilles, le maintien bas des niveaux d’intérêt, et l’augmentation des nouvelles pathologies obligent à réfléchir à un modèle plus rentable.

L’assurance versus la banque : Globalement, sur deux ans, depuis 2015, l’activité d’assurance a été plutôt favorable aux groupe bancaires, que ce soit pour l’assurance dommage ou l’assurance vie, les taux de croissance ayant été toujours supérieurs à ceux des assureurs traditionnels. De 2014 à 2016 les taux de rendement de l’assurance vie sont passés de 3,05% en 2014 à 2,5% en 2016 les taux de rendement du secteur bancaire pour les produits d’assurance restent toujours supérieurs aux taux de rendement des assureurs traditionnels. Pour contrer cette tendance, les compagnies traditionnelles du secteur envisagent de développer la prévoyance, et l’assurance emprunteur. A l’origine essentiellement sur l’assurance vie, certains groupes comme le Crédit Agricole ou le Crédit Mutuel investissent le marché de l’assurance dommage. D’ailleurs le Crédit du Nord a lancé une nouvelle assurance auto en 2017. Depuis plusieurs années maintenant, la banque grâce à une très bonne connaissance des risques et un réseau d’agences déjà rentabilisé, a donc à priori des coûts fixes plus faibles, et des agences déjà rentabilisées par les moteurs de personnalisation et l’e-CRM.

Les mouvements de concentration des acteurs de l’assurance

Une étude du cabinet Deloitte 2016 a montré que cette tendance à la concentration touche plus de 1220 acteurs du marché de l’assurance de personnes. Les motivations sont diverses : une convergence des visions stratégiques essentiellement, une volonté de se regrouper sur le plan organisationnel ensuite, enfin, mutualiser un cadre juridique commun, et contractuel…La concentration du marché de la protection sociale devrait se poursuivre, et ce mouvement de concentration est le résultat de l’intensité concurrentielle sur le marché de la santé. Les tendances vers davantage de concentration devraient se poursuivre…Les mutuelles par exemple Adréa, Apréva et Eovi Mcd, ont décidé de se regrouper pour former Aesio. MGEN, Istya et Harmonie avaient également annoncé leur alliance pour donner naissance au plus grand groupe de protection sociale en France.

Les stratégies des acteurs de l’assurance (mutuelles, organismes de prévoyance et compagnies)

Les compagnies d’assurance tout comme le secteur bancaire vont aussi diversifier leur portefeuille en se positionnant sur des niches. L’économie collaborative en particulier aurait de nombreuses opportunités de croissance. En effet, le basculement vers une personnalisation croissante de l’offre rendue possible grâce aux outils digitaux et au big data qui offrent de nouvelles opportunités dans un contexte où de nouveaux acteurs apparaissent aussi (Alan, Wecover). Dans le domaine des stratégies possibles, ils ont aussi la possibilité de laisser au client la gestion des dossiers ex post de la souscription jusqu’au sinistre, pour un parcours optimal.

Enfin, le développement de stratégies crowdinsuring à l’image de ce qui se fait dans le monde de la finance peut constituer un catalyseur à coté des nombreuses alternatives qui s’offrent aux compagnies d’assurance en particulier pour retenir la génération Y, et celle des patrimoniaux. L’analytics va continuer à s’affiner pour anticiper les risques ex ante et ex post. L’intelligence artificielle la blockchain, sous contrainte d’une maîtrise de la cybercriminalité vont pallier aux asymétries d’information ex ante (sélection adverse) et ex post (aléas moral). On peut également envisager de développer les outils de prévention. Ou le lancement de plateformes collaboratives…