Football & relance économique

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Pascal De Lima, Chef économiste

Non, une victoire lors de la coupe du monde n’implique pas forcément une relance économique pour le pays vainqueur.

Comme tout événement, festival, jeux olympiques etc… l’attractivité d’un événement augmente l’affluence sur le lieu du pays organisateur et donc nécessairement la consommation. C’est un peu banal de le dire, les restaurants sont saturés dans le pays organisateur mais pas uniquement, ils le sont aussi aussi dans les pays participants. Téléviseurs, Restaurants, Pizzas, Bières, les terrasses sont saturées. On en conclut donc spontanément que le volume d’affaire s’améliore, et on observe aussi une hausse des prix. Pour le pays vainqueur c’est évidemment après l’événement que les choses semblent s’améliorer comme ce fut le cas en Italie après sa victoire à la coupe du monde 2006, contre la France d’ailleurs (on se souviendra du magnifique coup de boule de Zinedine Zidane).

Les facteurs psychologiques sont loin d’être négligeables. Lors d’un événement comme celui-ci voire même d’une victoire, les effets psychologiques se démultiplient. Il y a comme une sorte de liesse collective, une euphorie, on entend ici et là de la musique et de nombreux concerts sont improvisés. On a même pu entendre dire que le taux de natalité s’améliorait…

En cas de victoire, le pays pourrait-il alors connaître un point de croissance supplémentaire, est-ce bien raisonnable à y réfléchir à deux fois ? Ce constat a en effet été confirmé pour l’Italie après sa victoire en 2006. L’Italie en effet a vu son taux de croissance rattrapé celui de la moyenne de la zone euro en très peu de temps, ce qui souligne que quelque chose d’exceptionnelle s’est produite. De même, l’Allemagne a vu sa croissance progresser durant l’été 2014 lorsqu’elle est devenue championne du monde. Les estimations tournent autour de 0,2 point de croissance cependant. Encore un peu loin des 1%. Ce que l’on peut dire est qu’à priori, mais à priori seulement, le calcul des gains économiques est plus facile pour l’organisation de la coupe du monde que pour le pays victorieux : on connaître les investissements réalisés en infrastructures, les droits télé, l’attrait touristique, les hôtels pris d’assaut etc.…Pour la coupe du monde en Russie, des travaux ont été réalisés pour augmenter le flux de passagers dans les aéroports de Moscou et des gares ferroviaires ont été rénovées. Attention à ne pas tomber dans le syndrome portugais. En effet, la construction de superbes stades pour l’euro 2004 au Portugal s’est transformée pour bon nombre d’entres eux, en monumental gâchis. Le majestueux stade d’Aveiro de 45000 places héberge un club de seconde division (Beira Mar) avec des matchs vus par 300 spectateurs tous les week ends. Pas mieux pour celui du Alentejo de 40000 places, laissé à l’abandon.

Enfin, pour le pays victorieux, il existe des méthodes statistiques (les différences des différences) qui pourraient permettre de calculer sérieusement les gains d’une victoire, mais à l’heure d’aujourd’hui, ces travaux n’attirent pas beaucoup de laboratoires d’économie.

On est donc en droit de s’interroger : la croissance supplémentaire englobe aussi finalement d’autres effets comme la reprise européenne, ou une politique économique particulière qu’il faut donc retirer pour obtenir un effet net. Dans ce cadre, il se pourrait bien que contrairement aux idées reçues, les performances sportives lors d’une coupe du monde n’ont aucun lien avec les performances économiques. Au-delà des aspects psychologiques et du moral des gens, il ne faut pas oublier que si chacun consomme davantage pendant ces périodes, il faut analyser ce que l’on appelle les coûts d’opportunité. En clair, ce sont aussi des dépenses en moins que l’on ne fera pas cet été ! Donc plus de bière, mais moins de plage ! Et si l’on devait enfoncer le cloud, nous pourrions tout aussi avancer que les périodes de mondial sont aussi celles où la productivité au bureau est la plus faible. Ce que l’on gagne d’un côté, on arrive à le perdre de l’autre.

Et concernant le pays victorieux, au-delà de l’exemple italien, il semble que ce soit l’inverse qui se soit produit en France. Sur la base de données de Thomson Reuters, ING a comparé l’évolution de la croissance économique des 4 derniers vainqueurs européens de la Coupe du monde avant et après leur victoire (ce qui ressemble aux principes des différences en différences). Les résultats apparaissent mitigés. Malgré l’euphorie en France après la victoire en coupe du monde, la France a vu sa croissance…légèrement reculée ! et L’Espagne ? Le sport pour sortir du marasme économique ? Et bien sa croissance a baissé après sa victoire en 2010.

Car au-delà du constat de cet élan de générosité et de passion, on peut tout aussi s’interroger sur la réalité de cette liesse. Ne peut-elle pas finalement masquer son contraire, et servir d’exutoire ou d’audace libératrice dans une société égoïste et individualiste où la solitude est le maître mot du mal ressenti par un individu sur deux.

Il nous paraît bien aléatoire et présomptueux, au-delà d’une fête certainement exceptionnelle de dire que la performance économique d’un pays soit franchement liée à l’organisation de l’événement ou la victoire même. Sauf peut-être dans les pays comme l’Italie ou le Brésil, où le taux de fanatisme pour ce sport est considérable. A contrario, une défaite prématurée du Mexique en 1986 aurait entrainé un certain nombre de suicides. Le fanatisme pour ce sport cache donc aussi un malaise social.